Table des matières

  1. Introduction
  2. Expérience personnelle
  3. Technique de tournage
  4. Outils et accessoires
  5. Les différentes étapes d’un plat en érable
  6. Particularités du bois
  7. Aujourd’hui, une formation de tourneur
  8. Présentation de quelques tourneurs de suisse romande
  9. La survie des artisans suisses / rôle de l’artisanat face à l’industrie
  10. Conclusion
  11. Bibliographie et annexes

 

8. Présentation de quelques tourneurs de suisse romande

a) François Prudhomme / Vuadens (FR) :

François Prudhomme a commencé sa vie professionnelle comme cuisinier, mais il a toujours eu une passion pour le bois. Il y a 4 ans, François a commencé à tourner dans une grange, c’est vite devenu sa passion. Par la suite il travaillais 50% comme intérimaire et 50% comme tourneur.

Depuis moins d’une année il vient d’ouvrir son atelier à Vuadens (FR), voir dépliant en annexe. Il a pratiquement tout appris en autodidacte excepté quelques cours de brèves durées. A 37 ans, il vit de sa production et d’un commerce d’outillage spécialisé, ainsi qu’en donnant des cours pratiques. Il vend sa production sur des marchés, 80% de ses clients sont des gens rencontrés là-bas.

En suisse, François est une des rares personnes qui commercialise encore un outillage de qualité. De plus, contrairement aux autres tourneurs, François fais des pièces uniques, tels des plats, lampes, coupes, toupies, etc.

Son but pour ces prochaines années et de faire connaître et populariser le tournage contemporain et " encourager " les gens à avoir du bois chez eux.

D’après lui, pour aider les artisans tourneurs, il faudrait regrouper une partie des tourneurs traditionnels dans une entreprise pour laisser la place aux tourneurs qui feraient de la pièce unique (comme pour des restaurateurs). Si les artisans disparaissent c’est que les gens ne veulent plus mettre le prix de la qualité.

Les jeunes qui ne s’intéressent plus à l’artisanat du tournage, c’est parce que plus personne n’en parle, les tourneurs n’ont plus de renommée. Comment un jeune pourrait savoir que ça existe ?!

Pour terminer, François forme des gens sous forme de stages, il ne désire pas d’apprentis. 

 

b) Etienne Rufenacht / Vevey (VD) :

Etienne Rufenacht à 29 ans, il est à son compte depuis 8 ans. Il a fait un apprentissage d’ébéniste puis 2 ans de formation comme tourneur. Il a repris l’atelier de son ancien patron. Sa principale source de revenu est le tournage, mais il pratique également un peu de restauration et d’ébénisterie. En temps qu’artisan de haute production, il travail principalement en sous-traitance mais également pour des privés.

Sa production est également très vaste : barreaux d’escaliers, poivriers, boutons, lampes, placets, plats, etc. Il fait juste un à deux marchés par année, la plupart du temps ce sont les clients qui viennent à lui.

Etienne fabrique une partie de ses outils et en achète également, depuis que François Prudhomme fournit enfin du matériel de qualité, il n’a plus de problème pour s’équiper.

On a toujours besoin des artisans car les industries fabriquent uniquement des pièces types sans diversité. C’est pour cette raison qu’il y a une diminution des artisans et non une disparition. Le tournage sur bois est un vieux métier mais d’actualité. Les jeunes d’aujourd’hui préfèrent faire un métier qui a plus d’avenir et mieux payé comme dans l’électronique.

Peut-être qu’un jour Etienne formera un apprenti pour avoir une succession. Avec un CFC de tourneur, il n’y a malheureusement pas de débouchés, pas la possibilité de devenir ouvrier. La seule solution est de se mettre à son compte… mais les difficultés de survie sont toujours présentes !!

 

c) Pierre Schüpbach / Savagnier (JU):

Pierre Schüpbach, âgé de 61 ans, a commencé à tourner dès l’âge de 15 ans environ. Il a fait 3 ans et demi d’apprentissage complet comme tourneur dans une entreprise où travaillait également des ébénistes et des tapissiers. Il a donc touché un peu à tout ces domaines. Après avoir obtenu son CFC, il a fait un complément de tournage sur matériaux non ferreux, comme l’os ou l’ivoire par exemple.

Pierre achète très rarement de l’outillage parce qu’il fabrique lui même une grande partie et il a également récupéré des outils d’un ancien atelier.

Selon lui, la perte des artisans est due à la clientèle. Les gens cherchent toujours à acheter moins cher sauf dans certains cas ; Pierre a réalisé une expérience : après la réalisation de 3 guéridons de première qualité (tout en massif, des assemblages à l’ancienne, une finition irréprochable), Pierre s’en est allé les vendre au marché. Tout les gens regardaient ces guéridons mais les trouvaient trop chers. Par la suite, il réalisa 3 nouveaux modèles d’une qualité et d’un prix inférieurs (assemblage à lamello, panneaux plaqués, mais une belle finition tout de même). Lors d’un marché suivant, il présenta ses 6 pièces au public qui furent vendues très rapidement. Cette expérience lui a montré que si les gens on le moyen de comparer, il préfèrent quand même la qualité !

Pour que l’artisanat ne disparaisse pas, il faut que la population aime les pièces de qualité, belles dans ses proportions, sa finition et la fabrication artisanale qui va de paire.

Les jeunes s’intéressent moins à l’artisanat parce que le goût de l’effort a été perdu. Il a eu ces dernières années le " boum " de l’électronique ce qui veut dire la facilité. Il faut juste programmer. La télé, les jeux vidéo, l’éducation, tout ces facteurs sont également une cause du manque d’intérêt.

Si un jour un jeune vient le voir parce qu’il s’intéresse au tournage, Pierre lui conseillera d’essayer d’abord et que s’il continue il aura beaucoup de plaisir.

D’ici quelques années, son but principal est de prendre du temps pour centaines pièces " casse-tête " d’art comme les boules entrecroisées, etc.